Le quatrième wagon

la suite

27-05-11

J'aimerais tant voir Sirhacuse (un titre trop mauvais pour être malhonnête)

Car vois-tu, j’avais promis, ce qui n’était pas bien malin. Mais une promesse est une promesse, et si tu ne la tiens pas, les démons péteurs du 7ème cercle viennent en catimini te poncer le lobe de l’oreille avec une râpe à patate (oui, ils sont toujours là, embusqués dans un robinet ou au fin fond d’un taille-crayon. Si. Ils sont toujours là, et veillent à l’ordre du monde. Tremble, pauvre crétin qui les ignore).

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Je suis allée passer quelques jours au salon du SIRHÄ, et j’éprouve une grande joie à te faire partager cette expérience inédite (Cresson).

Je vais clarifier les choses une bonne fois pour toutes, le salon du SIRHÄ n’est pas dédié au cépage éponyme, même si, pour le coup, la faute d’orthographe ferait un peu tâche (de vin, elle est bonne). Le SIRHÄ c’est 377 208 km2 de bouffe, de pinard, et de robots de cuisine sophistiqués. Tellement sophistiqués que tu te demandes pourquoi George Lucas s’enquiquine à inventer des droïdes de la mort au lieu d’aller directement chez Kenwood.


vintage_femme_pinup_robot_01D’autant que ceux de chez Kenwood font la cuisine, ce qui n’est pas le cas du DSD1.

Et bien que le DSD1 soit un droïde araignée nain, extrêmement belliqueux, créé dans les ateliers Baktoid juste avant la bataille de Naboo, il n’est capable de pétrir que ta cervelle, et encore.

Bref, je suis allée sur le SIRHÄ dans le but de rencontrer l’équipe de ce beau magazine qui a le bon goût de me confier de beaux reportages sur de beaux sujets dans de belles conditions.

« Beau » sera donc la théma de ce billet, vaguement évoquée dans la bataille de Naboo, qui pourrait éventuellement s’appeler bataille des Nabots.

Mais halte là, ça devient n’importe quoi.

Revenons à nos croutons, et je conseille vivement aux organisateurs du salon de fournir à leurs visiteurs une petite boussole en plastique, un modèle simple, pratique, peu onéreux. Voire une balise argos.


MAIS SUFFISAMMENT EFFICACE POUR QUE NOUS PUISSIONS NOUS DIRIGER SANS ENCOMBRES ENTRE LES 78797 EXPOSANTS QUI PROPOSENT PÈLE-MÊLE DES AMUSE-BOUCHES AU WASABI, DES LINGETTES AUTO NETTOYANTES QUI FONT POUET QUAND ON LES ESSORE, DES PAINS AU CURCUMA LOINTAIN, DES SAUCISSES AU MIEL ET DES DISTRIBUTEURS DE SAVON INTELLIGENTS QUI GLOSENT DES HEURES SUR LA VACUITÉ DU MONDE.

D’avance, merci.

dayofthedead01myplanityak4Je me suis donc perdue, et je n’étais manifestement pas la seule. J’en veux pour preuve ce nombre incalculable de regards vides, dénués de toute lumière, ces corps à la limite de la chute qui valdinguaient, imprécis, d’un stand à l’autre.

Avec un sac en papier bourré de 3 tonnes de documents dans la main gauche, et une petite coupette en plastique dans la main droite.

Et des miettes de gâteau secs et un bout de gras aux commissures.

Forcément, vient un moment où tu abdiques. Où tu décides que quoi qu’il en soit, c’est foutu, autant profiter des bienfaits de ce monde car la vie est courte. Parce que tu pourrais bien mourir, là, entre Monsieur Eponge Révolutionnaire (qui, assis tout raide sur son tabouret rouge, ressemble à un crayon posé sur la pointe) et Madame Ravioles de Royan (qui t’hypnotise avec une petite fourchette en plastique piquée d’une délicieuse raviole ultra chaude qui va te calciner la langue. Il n'est pas impossible qu'elle fredonne en sourdine un petit chant incantatoire destiné à endormir ta méfiance). Un tout petit coin de ton cerveau saturé de graisses reste cependant un tantinet lucide, tu es là dans un but bien précis : rencontrer l’équipe de ce beau magazine qui a le bon goût de te confier de beaux reportages sur de beaux sujets dans de belles conditions.

Mais tu ignores tout de leur position, c’est un peu comme repérer un sucre au milieu du glacier des Bossons un jour de plein soleil.

Je suis donc passée 367 fois devant le championnat du monde des pâtissiers (en gobant systématiquement une mignardise, et je comprends aujourd’hui dans quel désarroi devait se trouver le sergent Garcia lorsqu’il lui fallait élégamment enjamber son fidèle destrier), 817 fois devant le tapis de décontamination du futur (qui, contre toute attente, n’élimine pas encore les toxines récoltées dans le village des vins, stand A£*µ312 ?§ !%¤22bleu), pour aboutir  invariablement dans l’allée +}555bonjourchezvous !/22bis. Et j’avais beau (théma) être en liaison constante avec l’équipe de ce beau magazine qui a le bon goût de me confier de beaux reportages sur de beaux sujets dans de belles conditions, elle restait intouchable.

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Un peu comme ces dieux auxquels on s’adresse avec ferveur dans le but d’obtenir quelques faveurs, mais dont les visages restent énigmatiquement cachés dans les limbes cosmiques.

De temps à autres, mon errance désespérée me conduisait à croiser pour la 5ème ou 6ème fois d’autres visiteurs hagards. Je pense que certains d’entre eux claudiquaient dans le grand labyrinthe depuis quelques jours sans jamais trouver la sortie, ils étaient débraillés, mal rasés, un peu penchés, et le plan du salon pendouillait lamentablement au bout de leurs longs doigts pâles aux ongles rongés par l’angoisse. Toutes les chaises étaient garnies d’hommes et de femmes mous aux bras ballants, la tête renversée et les yeux clos, et je butais parfois sur un corps allongé à même le sol. Le plan, déchiqueté et jauni par le temps, gisait à quelques centimètres, telle une précieuse carte au trésor qui aurait traversé les siècles.

Je n’ai jamais trouvé le stand de l’équipe de ce beau magazine qui a le bon goût de me confier de beaux reportages sur de beaux sujets dans de belles conditions. Peut-être d’ailleurs qu’ils n’existent pas, que tout ceci est pur fantasme, que je ne suis pas journaliste, peut-être que je gis (du verbe gésir) en coma dépassé quelque part et que je rêve cette aventure pendant que mes proches me déguisent en Achille Zavatta, et me posent des croûtes de tome sur la tête pour voir si je réagis (du verbe réagésir).

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Peut-être que vous n’existez pas non plus, d’ailleurs.

Et face à cette vertigineuse hypothèse, je ne vois pas pourquoi je me casserais le tronc à trouver une chute à ce billet.

 

 

 

 

 

 







PS: Bon écoute. Mis à part cette extraordinaire aventure, c'était drôlement chouette, le SIRHA.


Commentaires

    C'est vertigineusement effrayant cet endroit!... mais ça ne coupe pas l'appétit.. c'est le principal!

    Posté par tilu, 27-01-11 à 12:53
  • Non d'un droïde et d'un robot manager que c'est bon de lire du Mlle Bille (entre parenthèses, j'existe mais cotrairement aux apprence, je suis un arbre avec tête de bois et zousios dans les branches, mais chuuuuuut).

    Posté par sandrine, 27-01-11 à 13:06
  • Et non Sandrine, Désolée mon netbook mange des lettres, il ne peut pratiquement pas s'en empêcher

    Posté par Alice D, 27-01-11 à 13:07
  • Tilu, sans déconner, c'est un endroit passionnant. Faut pas être pressé, voilà tout.
    Sandrine, je réponds donc à un arbre avec des oiseaux dedans. Je pense que ça va passionner mon psy.
    Alice, ce commentaire ne serait-il pas un tantinet schizophrène? ça aussi, ça va passionner mon psy.

    Posté par melle Bille, 27-01-11 à 18:56
  • Et la musique d'ambiance ? C'était quoi la musique d'ambiance ?

    Posté par Lapin, 27-01-11 à 19:40
  • Lully

    Posté par melle Bille, 27-01-11 à 20:04
  • Et si nous passions au salon...

    à un des derniers salons que j'ai visité, un exposant (québécois) distribuait des "diadèmes-cornes de renne" en peluche à tout le monde. A une heure précise, il était convenu que des "chasseurs" employés par ledit exposant essayeraient d'attraper quelques rennes pour leur offrir des goodies... Je te laisse imaginer la scène... et si j'ai porté fièrement la ramure... ou pas ))

    Content de te relire, sinon, ma bille )

    Posté par Fred Cokenpat, 28-01-11 à 12:44
  • j'espère bien que tu l'as portée, Fred. Car c'est bien connu: les ramures donnent de l'élan.

    Posté par melle Bille, 29-01-11 à 09:47
  • est-ce que l'argent que tu reçois de ce beau magazine qui a le bon goût de te confier de beaux reportages sur de beaux sujets dans de belles conditions est virtuel aussi ? auquel cas je te conseillerais de ne plus te casser le tronc et de venir écrire sur ton blog plus souvent, c'est bon pour mon transit ;-D

    Posté par madame de K, 31-01-11 à 09:32
  • Hé bien, Madame De Minantipersonnelle, ce beau magazine qui a le bon goût de me confier de beaux reportages dans de belles conditions me permet de subvenir à pas mal de petits frais inhérents à la condition humaine. Par conséquent, je me vois dans l'obligation de décliner cette invitation à produire plus (sur le blog) pour gagner moins (dans la vie). Mais c'est pas l'envie qui manque et pour ton transit, je te conseille vivement les pruneaux.

    Posté par melle Bille, 31-01-11 à 09:42
  • Ravie de te lire, ravie de ce sourire qui me vient toujours. Merci ! (non, je suis pas ravie de la crèche)

    Posté par Tiphaine, 31-01-11 à 23:22
  • Hello le blog !
    Félicitation pour le site Internet et vos billets, je vous souhaite une longue continuité.
    C'est un grand bonheur de venir vous relire régulièrement.
    Longue vie au blog

    Posté par vitrier grenoble, 01-06-11 à 11:38

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